Les Galápagos… en pleine crise du Covid-19

Cet archipel est une province de l’Equateur et est composé de 41 iles dont 5 principales (Santa Isabella, Santa Cruz, San Cristobal, Santiago et Fernandina). C’est aussi, et surtout une des plus grandes zones protégées au monde. Ici, en plus, d’une faune et d’une flore endémiques très riches, nombre d’animaux y vivent en totale liberté, protégé des méfaits des hommes comme la chasse ou la pêche intensive mais aussi de la pollution plastique, pollution des hydrocarbures ou autres… toutes les iles ne nous sont pas accessibles, nous n’aurons accès qu’à 3 d’entre elles : San Cristobal, Santa Cruz et Isabella.

Pour entrer ici, il faut montrer patte blanche :

  • la coque du bateau doit être parfaitement propre afin de ne pas « importer » des parasites ou autres organismes non présents sur les iles. En général, les bateaux « carènent » à Panama, c.a.d nettoient leurs coques et remettent un nouvel antifouling, la peinture spécifique des zones immergées,

  • l’intérieur du bateau doit être fumigé avant notre arrivée afin de détruire tout parasite venant du continent

  • 3 poubelles sont obligatoires à bord (plastique, papier et organique), une cuve a eau noire qui doit être vidée à plus de 12 miles des coques,

  • et bien sûr, aucun produit frais (animal ou végétal) en provenance de « l’extérieur ».

A l’arrivée, plus de 10 personnes appartenant à différents services administratifs montent à bord pour les formalités après que les plongeurs se soient assurés de la bonne propreté de la coque du bateau. Le contexte particulier de notre arrivée a fait que toutes les procédures habituelles n’ont pu être mise en place qu’après la visite du médecin qui a ausculté tous les membres d’équipage et s’est assuré que personne ne présentait des signes de coronavirus.

Notre vision des Galápagos et de l’Equateur se limitera à celle de l’ile de San Cristobal et plus précisément de Puerto Baqueirizo Moreno : notre arrivée ayant coïncidé au début de la quarantaine liée au Covid-19 de l’Equateur et de toutes ses provinces…

Arrivés Dimanche vers 10h00, le lendemain à 14H00, l’Equateur entre en quarantaine. Le pays est fermé ainsi que toutes les îles. Plus aucun déplacement n’est possible. Un couvre-feu est ordonné de 14h00 à 05h00. Tous les touristes sont renvoyés dans leurs pays respectifs. Deux jours plus tard, l’aéroport est à son tour fermé.

Sur tous les bateaux (de croisières comme de plaisance), toutes les personnes sont consignées à bord. Seule une d’entre elles est autorisée quotidiennement à aller à terre pour faire les achats de première nécessité. On y trouve quasiment tout ce que l’on veut :

  • de la viande principalement du poulet et du porc mais aussi du bœuf, toutes sortes de poissons, crevettes et autres poulpes et cigales de mer;

  • des fruits (bananes, oranges, parfois des mangues mais c’était la fin de la saison… ) et des légumes (avocats, tomates, salades vertes, haricots verts, pommes de terre, choux…) ;

  • ainsi que tout ce que l’on peut trouver dans un supermarché de quartier.

Le coût de la vie n’est pas exorbitant par rapport à l’Europe (sauf pour les produits « d’Européen » comme la pate à tartiner au chocolat, la confiture, les chips, les gâteaux apéro et bien sûr le vin et l’alcool de façon générale !) mais sachant que le salaire minimum est de 400 US$ se nourrir devient vite un gros poste de dépense. Pour ravitailler les nombreuses petites boutiques, un cargo vient toutes les 3 semaines du continent. Il y a aussi des productions locales de fruits et légumes et comme dans un grand nombre de pays, un brasseur qui fait une bière endémique (c’est d’ailleurs son nom) de l’archipel.

Si le niveau de vie est faible, la scolarité y est assurée : l’école primaire, le collège et le lycée sont dispensés dans les îles. Au-delà, il faut aller sur le continent. Le système secondaire est différent par rapport à la France. A la fin du lycée, un examen national est organisé. Le rang obtenu impose le métier mais aussi le lieu dans le pays où exercer ce métier !

De nombreux espaces en ville sont dédiés aux jeux des enfants et au sport où le football est roi chez les petits comme les grands.

Nous sommes 5 voiliers sur place (Australien, Allemand, Américain et Danois). 2 bateaux passeront un jour ou deux dans la baie avant de reprendre leurs routes.

Impossible d’utiliser notre dinghy (annexe), pour se déplacer il faut faire appel à un « taxi boat » et avoir l’autorisation de la capitainerie…

La vie s’organise avec ces nouvelles contraintes. La solidarité entre les voiliers est réelle. Pour passer le temps, un quizz est organisé par « Del Mar » le catamaran australien via la radio VHF. Puis ce sera notre tour est ainsi de suite… une bonne entrée en matière pour faire connaissance à distance.

Assez vite, nous nous regroupons dans la même zone de la baie afin de pouvoir aller « discrètement » discuter en face-to-face avec nos compagnons d’infortune mais aussi nous organiser pour régler certains de nos petits tracas comme le remplissage des bouteilles de gaz (il faut théoriquement aller à Santa Cruz mais les liaisons inter-iles sont fermées…) ou faire des petites réparations sur nos bateaux (comme le frigo qui ne fonctionne plus, les toilettes qui se bouchent ou le guindeau qui s’arrête – avec l’aide précieuse et maintenant habituelle de Philippe de PhilippePlaisance@Leucate) .

Très rapidement des échanges de plats, des concours de pain ou autres sont organisés ! A la nuit tombée, tout le monde se met à l’eau pour l’apéro sur un bateau-copain ! Puis, nous sommes autorisés à nager autour du bateau… le courant aura une fâcheuse tendance à nous faire dériver sur les autres embarcations…

Les Galapagos ne sont pas des îles riches. La vie y est rude et la principale source de revenu est le tourisme. La crise du Covid-19 a stoppé net l’activité. Ici, il n’y a aucune protection sociale (exceptés les soins médicaux/hospitaliers qui sont en revanche accessibles à tous et gratuits), pas de chômage ! La population reste positive et l’entraide s’organise, les pécheurs distribuent du poisson, la culture maraîchère se réorganise pour que personne ne manque de rien. Les habitants de San Cristobal restent positifs et amicaux. Malgré la difficulté du quotidien, nous, les étrangers venus de l’Europe gros foyer de Covid19…), avons toujours été bien accueillis contrairement à d’autres iles du Pacifique.

Même si notre situation n’est pas catastrophique et que jamais nous nous soyons sentis en danger, le temps ne passe pas vite sur le bateau avec 3 enfants à bord. Le plus dur à vivre est de n’avoir aucune visibilité sur l’évolution de la situation sanitaire en Equateur. Nous suivons ce qu’il se passe en France et dans le monde via les journaux, les réseaux sociaux et bien sur famille et amis ! Nous nous sentons très isolés, un peu seul au milieu de cet archipel ! On ne peut pas quitter l’Archipel car à l’Est (Panama, Equateur ou Colombie) tout est fermé, les bateaux ne sont pas les bienvenus. A l’Ouest… c’est exactement la même chose. Nous ne pouvons rien faire d’autre qu’attendre, sans même savoir à quoi.

Pour aller à terre, Nicole de Mikado amènera à tour de rôle les filles et c’est Lucas de Mach3 qui prendra en charge Elouan pour les balades terrestres.

Nous mettons à profit cette période pour avancer l’école des enfants le matin. L’après midi, en plus des activités sportives, des stages linguistiques sur les autres bateaux seront mis en place avec une réelle efficacité !! Les voiliers voisins organiseront une chasse aux œufs à Pâques pour les enfants, Epiphany proposera une après-midi perles, Del Mar une soirée télé/crêpes, Lucas une matinée loisirs créatifs…

La situation sur les autres bateaux semble plus compliquée, la tension interne monte sur les bateaux entre les couples ou entre le capitaine et ses équipiers. Chacun vit cette période de confinement comme il le peut, un équipage se séparera : le capitaine repartira seul à Panama et les 2 équipiers changeront de bateau après plus de 2 mois à terre pour l’un d’entre eux. Ces tensions ne se ressentiront pas trop entre les bateaux.

La très bonne ambiance dans la baie avec les autres voiliers nous aidera à surmonter cette situation. Nous ferons aussi la connaissance d’un équipage d’un bateau de croisière (Luis, le propriétaire, Jorge le capitaine, Arturo le mécanicien, José le cuisinier et Pancho le steward). Cette rencontre changera notre vie équatorienne et nous permet de mieux connaitre la vie quotidienne aux Galápagos mais également sur le continent. Cette équipe est extrêmement sympathique, on passe de très bons moments riches en échange et découverte. Régulièrement en fin d’après-midi, nous nageons jusqu’à « Archipell 2 » pour une partie de foot avec l’équipage. Nous avons invité sur notre bateau l’équipage pour leur première navigation en voilier et de leur coté ils nous ont offert une journée de croisière sur leur bateau ! Luis organisera aussi 2 sorties à terre dans un ranch avec tout son équipage et nous. Nous ferons une nuit de camping à la ferme et partirons à la plage à 5h du matin (pour éviter les gardes) afin de profiter au moins une fois de ce décor de rêve…

Nous sommes restés bloqués 2 mois sur l’archipel, la situation s’est durcie au fur et à mesure du temps qui a passé et le moral des habitants s’en est ressenti. Aucune ouverture possible des frontières avant au mois 6 mois voire beaucoup plus. Contrairement à l’archipel des Galapagos (très peu de cas recensés), l’épidémie a frappé violemment l’Equateur et plus particulièrement la province de Guayaquil où la mortalité a été importante avec peu de moyens médicaux et financiers. Les conséquences économiques sont désastreuses. Le président a divisé son salaire par 2 … ainsi que le salaire minimum qui passe de 400 à 200 $ par mois. Ce salaire mensuel ne permet pas à une famille de subvenir à ses besoins. Chacun essaye de trouver des solutions pour survivre mais la tâche s’avère rude et l’avenir morose. Pour faire vivre correctement une famille ; il faut gagner entre 800 et 900US$ mensuels.

Il faut souhaiter que les effets de la crise ne durent pas trop longtemps et que les touristes retournent dans cet archipel qui mérite vraiment une visite !

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